Le condamné

Charley Dalton, astronaute originaire de la Terre, avait commis un crime grave moins d'une heure après son arrivée sur la deuxième planète de l'étoile Antarès. Il avait tué un Antarien. Sur la plupart des planètes, le meurtre est un délit ; sur certaines c'est un acte civique. Mais sur Antarès II. C'est un crime capital.

-Je vous condamne à mort dit le juge antarien, solennel. Exécution par pistolet à rayons à l'aube demain.

Impossible d'interjeter appel. Charley fut emmené au Pavillon des Condamnés.

Le Pavillon se révéla renfermer dix-huit chambres princières, chacune fournie, et bien fournie, d'une grande variété de nourritures et de boissons, de sofas et de tout ce qu'on pouvait souhaiter y compris une compagnie féminine dans chaque pièce.

- Ça alors ! dit Charley.

Le garde antarien s'inclina et dit :

-C'est la coutume sur note planète. Pour sa dernière nuit, le condamné à mort reçoit tout ce qu'il désire.

-Ça vaut presque le déplacement, dit Charley. Mais dites-moi, quelle est la vitesse de rotation de votre planète ? De combien d'heures vais-je disposer ?

- D'heures ?... Ça doit être un terme terrien. Je vais téléphoner à l'Astronome Royal.

Il téléphona, écouta, puis dit à Charley Dalton :

-Votre planète Terre accomplit quatre-vingt-treize révolutions autour de votre Soleil au cours d'une période d'obscurité sur Antarès II. Notre nuit égale un peu moins de cent années terrestres.

Et le garde, dont la durée de vie était de vingt mille années s'inclina avec gravité avant de se retirer.

Et Charley Dalton commença la longue nuit de festins, de beuveries et caetera, mais pas nécessairement dans cet ordre-là.

Fredric Brown.


Contribution de Bernard Petit.